École Normale Supérieure

Présentation de l’ENS de Libreville

Préambule

Présenter une institution dédiée à la formation des formateurs, gage du développement d’un pays, peut paraître risqué en raison de l’immensité de la tâche et de l’abondance d’informations qui nous renseignent sur son évolution. Les omissions d’un détail ne sont pas imputables à une méconnaissance, encore moins à une volonté délibérée d’oblitérer une information, mais à la fonction conservatrice de la mémoire qui est par nature sélective. La présentation de l’École Normale Supérieure de Libreville tient compte ici d’une sélection des hauts faits que nous comprendrons en les replaçant dans leur contexte social intégral. 

La formation dès ses débuts

Au départ, la formation à l’École Normale Supérieure est destinée aux enseignants et au personnel d’encadrement du primaire (conseillers et inspecteurs pédagogiques). La formation des professeurs de collège est destinée aux titulaires du baccalauréat et dure deux années. Les non bacheliers (justification d’un niveau d’étude de terminale) étaient astreints à une année propédeutique et totalisaient trois années de formation.
Il faudrait préciser que pendant cinq années, la formation disciplinaire était assurée par les facultés de l’Université Nationale du Gabon; tandis que la formation professionnelle (volet psychopédagogique) relevait des prérogatives de l’École Normale Supérieure. Cette expérience n’ayant pas donné les résultats escomptés, l’École Normale Supérieure a récupéré les enseignements de l’Université pour les dispenser sur son site.
C’est en 1974, que la durée de la formation des professeurs de Collège est revue à la hausse : au lieu de deux ans elle est portée à trois années. On assiste par ailleurs à la suppression de l’année propédeutique. Il s’en est suivi une série de réformes qui ont comme épicentre la durée de la formation et la problématique pendante de la professionnalisation :
– 1974-1975, début de la formation des professeurs de lycée en quatre années;
– 1984, après les États Généraux de l’Éducation et de la Formation, la durée de la formation des professeurs est fixée à cinq années. L’École Normale accueille concomitamment les titulaires d’une maîtrise et les débutants avec niveau bac.
L’École Normale Supérieure totalisait trois départements pédagogiques :
– département des lettres
Il comprenait trois sections : anglais, espagnol et français. Le principe de la bivalence ponctue la formation avec la dichotomie majeur/mineur : (anglais/français, français/anglais, espagnol/français, français/espagnol). Ce principe de la bivalence disparaît en CAPES.
– département des sciences humaines
Ce département comptait deux sections : l’histoire et la géographie. À la sortie, les enseignants étaient qualifiés en histoire et en géographie.
– département des sciences
Ce département était composé de trois sections : mathématiques, sciences naturelles (biologie et physiologie) et physique-chimie.
Le département des sciences a connu plusieurs intermèdes en raison de l’absence de candidats. Il a ainsi été fermé par moment.

Les grandes réformes

La loi 11/93
La grande réforme est impulsée en 1993 avec l’introduction de la loi 11/93, qui érige dorénavant l’École Normale Supérieure en une institution post universitaire. Une fois de plus, nous avons pris le modèle de la France qui est mis en place dès 1992 avec la fermeture des écoles normales (exception de la rue d’Ulm, celles de Saint-Cloud, de Cachan, de Poitier et de Lyon qui ont une vocation heuristique) et l’ouverture des Instituts Universitaires de la formation des maîtres (IUFM). Les IUFM sont des entités autonomes vis-à-vis des universités. Comme en France, la loi 11/93, retire l’École Normale Supérieure de la tutelle de l’Université Omar Bongo. Ainsi, elle inaugure la désormais double tutelle qui fait l’objet de passe d’armes de temps en temps entre les deux ministères tutélaires.
La réforme de la loi 11/93 transforme l’École Normale Supérieure en une institution Post universitaire, qui n’accueille que les titulaires d’un (e):
– DEUG/ Licence pour une préparation du CAPC;
– maîtrise pour une préparation du CAPES.
Cette réforme qui rentre en vigueur en 1994-1995, apporte comme innovation pédagogique la semestrialisation des enseignements qui préfigure la réforme à venir du LMD. La pénurie des enseignants dans les lycées et collèges a conduit le Ministère de l’Éducation Nationale à éluder la loi 11/93, -jugée trop élitiste car orchestrant la raréfaction des enseignants- en enjoignant l’École Normale Supérieure à ouvrir des classes préparatoires de niveau baccalauréat pour susciter des vocations. Ces classes préparatoires ont été créées d’abord dans le département de sciences pour combler le déficit constaté sur le terrain, ensuite dans le département de français. Cette formule exclusivement réservée aux externes, a été étendue aux internes (anciens instituteurs) et aux autres départements de l’École Normale Supérieure. Les LMD va progressivement éteindre les classes préparatoires.
Le LMD
Comme la réforme de 1993 qui érige l’École Normale Supérieure en une institution post universitaire, la réforme du triptyque LMD n’est pas une invention du Gabon. Pour comprendre les subtilités, les enjeux et les ressorts de cette réforme, nous vous invitons à lire avantageusement l’ouvrage d’un enseignant-chercheur de l’École Normale Supérieure, intitulé La nouvelle école capitaliste en Afrique noire. De la marchandisation à la fin de l’école. La formation des enseignants comme celle des autres cadres d’entreprises doit impérativement sécréter des compétences dont la société a besoin. Dans la formation des enseignants, l’École Normale Supérieure doit privilégier des approches en termes de compétences et de réflexivité dans et sur l’action.
Le LMD a été expérimenté à l’Université Omar Bongo. Les problèmes rencontrés à l’Université Omar Bongo, expliquent en partie l’opiniâtreté de l’École Normale Supérieure à ne pas basculer ipso facto au LMD sans une formation des enseignants-chercheurs, respectant ainsi la précaution du Nunc ergo facite. Pour joindre la résistance à la concrétude factuelle, l’École Normale Supérieure, par le truchement de sa coopération avec l’Université Laval, invite les professeurs de cette institution à Libreville pour animer des ateliers de formation au LMD. Jacques Désautels et Marie Larochelle ont animé durant une semaine cette formation. Dans le même sillage, l’École Normale Supérieure a été invitée à faire des propositions dans le cadre États Généraux de 2010. La contribution phare de l’École Normale Supérieure reste à cet égard, la popularisation du concept d’Homo faber réflexif. Orientée par le Décret n° 0340 portant application du système Licence –Master- Doctorat, l’École Normale Supérieure bascule définitivement en 2010, après un travail préparatoire lancinant qui a consisté en la mise en place des commissions de réflexion. Les commissions ont eu pour tâche de :
– proposer des parcours sans perdre de vue les missions de l’École Normale Supérieure;
– construire une nouvelle architecture modulaire (abritée par les unités d’enseignement) qui répond à l’exigence de la professionnalisation;
– définir l’importance de chaque module en regard des finalités de la formation, par l’attribution d’un coefficient, désigné par le crédit dans le langage usuel.

Pour conclure

L’École Normale Supérieure fêtera son cinquantenaire en 2021. La présentation prolixe qui a été faite ci-dessus, tente de saisir l’évolution de cette institution. Elle a permis de comprendre l’origine de l’École Normale Supérieure à partir d’une grille de lecture exogène riche en informations,  les péripéties qui marquent son développement et les enjeux actuels. À l’aune de ces changements, ses missions n’ont pas varié : l’École Normale Supérieure forme des enseignants du second degré général, des conseillers d’orientation, des conseillers et inspecteurs pédagogiques du primaire et secondaire.